Qu’est-ce qui anime Dieu le Père en premier, la colère ou l’amour ? Je crois que la bonne réponse est l’amour. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné…1 » Pourquoi poser la question ? En moi, j’ai plus souvent qu’autrement eu des pensées de colère que d’amour, particulièrement en pensant à Dieu. Je pense en premier qu’il est en colère, en second, peut-être, qu’il m’aime. S’il m’arrive un problème, ou un malheur, qu’est-ce que j’ai mal fait ? De quoi est-ce que Dieu veut me punir ? Je vois un comportement immoral chez des gens et je m’indigne et je m’irrite contre eux, parce que ce doit être la réaction de Dieu lui-même. Avec ces pensées et ces sentiments, je me suis souvent demandé en moi-même : comment est-ce que je pourrai aimer mes prochains, comment les pardonner et comment imiter la grâce de Dieu envers elles et eux ? Mais aussi, est-ce que je suis obligé de mettre de l’énergie à haïr les méchants ?
J’ai constaté que la perspective chrétienne depuis des années et des années a été culpabilisante. Chez les Catholiques, bien avant le Réforme de Luther de 1517, la culpabilité et la colère de Dieu ont créé le Purgatoire, un lieu où les humains sont purgés de leurs péchés avant d’entrer au Paradis. La peur de la colère de Dieu animait le clergé et les croyants. Ces humains ont eu l’idée d’un système d’indulgences, il était possible de payer, d’acheter des indulgences, pour sortir du Purgatoire plus rapidement. Le système est logique et nous voyons ici que les humains ont toujours tendance à ériger des systèmes qui privilégient les puissants de ce monde et les riches. Je reviendrai souvent sur ce thème.
Luther avait eu une révélation en lisant les Écritures, c’est la foi d’une personne qui la rend juste aux yeux de Dieu, « cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus-Christ, elle est offerte à tous ceux qui croient.2 ». Luther montrait au monde que la colère de Dieu ne régissait pas son plan ni ses actes. Dieu lui-même a donné son fils afin que par Jésus nous soyons, en croyant, justes comme Jésus. La peur en la colère de Dieu n’a plus lieu d’être. Je confesse que je ne sais pas ce que Luther disait de l’amour de Dieu. Si vous avez des références ou des lectures recommandées, je suis intéressé. Je sais toutefois que les disciples de Luther, tout comme de Calvin, développeront une théologie de la prédestination, Dieu aurait choisi des gens pour croire et d’autres pour être méchants, autrement, comment expliquer qu’il y a toujours de la méchanceté et que Dieu a préparé un Enfer ? Cette théologie propose que Dieu a choisi d’aimer certains et pas d’autres. Pour eux, ce n’est donc pas l’amour qui anime Dieu en premier. Mais en plus, cette théologie, du point de vue terrestre, nous amène à regarder le comportement des gens pour deviner qui est choisi et qui ne l’est pas. Ceux et celles qui se comportent bien et qui réussissent dans leurs entreprises sont manifestement choisis alors que ceux et celles qui vivent la précarité, qui commettent des petits ou des grands crimes, ne le sont pas. Encore une fois, les humains ont pensé un système théologique qui favorise les puissants de ce monde et les riches.
Qu’est-ce qui arrive avec nous, les Évangéliques ? Pourquoi est-ce que nous avons encore la peur de la colère de Dieu si forte au milieu de nous ? Il faut se douter que c’est humain comme tendance, mais encore. Au cœur de notre message chrétien se trouve la conversion, la nouvelle naissance. Quand je suis attentif à nos prédications qui invitent à la conversion, je constate que nous introduisons l’amour de Dieu par la description du mal et des péchés qui sont dans les personnes et qui attisent la colère de Dieu. En résumé, tu ne crois pas en Jésus et la colère de Dieu est sur toi, tu crois en Jésus, tu es pardonné et la colère de Dieu est tombée sur Jésus à ta place. J’en déduis que la colère est notre fenêtre de compréhension. Peut-on comprendre, ou apprécier, l’amour de Dieu en Jésus-Christ sans passer par la colère de Dieu ?
« Mes pensées ne sont pas vos pensées, vos voies ne sont pas mes voies.3 » Si la tendance humaine est de percevoir notre relation avec Dieu par la fenêtre de la colère, je propose que la voie de Dieu est différente, que sa pensée n’est pas comme la nôtre, il pense à l’amour d’abord, ses voies sont orientées par l’amour. Je reconnais, je triche beaucoup, la lettre de Jean nous le déclare sans détour « Dieu est amour4 », « Dieu lui-même nous a aimé en premier5 » et « celui qui aime est né de Dieu et connais Dieu6. »
Pour moi, j’ai vécu comme une conversion l’effort de refuser la peur et la culpabilité pour apprécier l’amour. Car si Dieu aime en premier, comme un premier geste, je dois faire un virage à 180° sur moi-même, sur le monde et même sur l’église et la vie chrétienne. Je devine bien que plusieurs personnes pensent « si nous n’avons plus peur de la colère de Dieu, tout le monde va se mettre à commettre des crimes et des péchés ! » C’est intéressant, quand je combats les idées fausses sur la pauvreté, il est souvent sujet que si nous donnons de l’argent aux pauvres, ils vont la gaspiller en alcool et en drogues, et ils ne voudront pas aller travailler. Or, il a été démontré que lorsque la société donne plus d’argent aux pauvres, ils sortent de la pauvreté, parce qu’ils en ont les moyens7. Avec cet exemple humain, je crois que si nous augmentons l’appréciation de l’amour de Dieu et que nous dévaluons la peur de sa colère, les humains auront davantage de capacités pour aimer leurs prochains.
1Jean 3.16
2Romains 3.22
3Esaïe 55.8
41 Jean 4.8
51 Jean 4.11
61 Jean 4.7
7 Voir FAUX! On vit bien sur le BS. Pour anecdote, beaucoup de riches gaspillent leur argent en alcool et en drogue, et plusieurs ne travaillent pas, ils ne font que profiter de la spéculation de leurs placements à la bourse.