Libre et responsable, Jésus sauveur!

Quand je lis la passion du Christ, c’est-à-dire l’épisode où Jésus souffre, à partir du jardin de Gethsémani jusqu’à la résurrection, je n’imagine pas un plaignard. Je vois un homme qui se tient debout et qui affronte l’injustice et l’adversité de face.

Je ne connais que 2 moments où Jésus se plaint. Les 2 fois, il ne se plaint pas aux humains, mais à son Père. Jésus se plaint en prière, la première fois dans le jardin de Gethsémani, il prie : « Abba, Père, tout t’est possible. Éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Marc 14.36) Ce n’est pas la pire des complaintes, il demeure très responsable à l’égard de la volonté de son Père et en plus il est libre au point d’aller au-devant des problèmes quand il interpelle ses disciples: « L’heure est venue ; voici que le Fils de l’homme est livré entre les mains des pécheurs. Levez-vous, allons-y ! » (Marc 14.41-42)

L’autre moment de plainte de Jésus est sur la croix, agonisant, il crie au Père une dernière prière: « Eloï, Eloï, lama sabachthani ? » – ce qui signifie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Marc 15.33) Jésus prie des prières de volonté, il est honnête, il exprime sa peur, mais il démontre son courage, il affronte la souffrance et l’injustice. Il est décidé à accomplir la volonté de son Père. Il agit comme un homme libre et responsable.

« Judas prit donc la troupe de soldats romains ainsi que des gardes envoyés par les chefs des prêtres et les pharisiens, et il s’y rendit avec des lanternes, des torches et des armes.
Jésus, qui savait tout ce qui devait lui arriver, s’avança alors et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus de Nazareth. » Jésus leur dit : « C’est moi. » Judas, celui qui le trahissait, était avec eux.
Lorsque Jésus leur dit : « C’est moi », ils reculèrent et tombèrent par terre. Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus de Nazareth. »
Jésus répondit : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez partir ceux-ci. » (Jean 18.1-8)

Dans le passage précédant, Jésus accueille Judas et la cohorte d’hommes en armes. Il ne fuit pas. Il ne se plaint pas. Il ne crie pas à l’injustice. Il n’accuse pas quelqu’un d’autre, ni ceux qui viennent l’arrêter. Il est responsable. Il assume sa décision, il assume son rôle: il est le sauveur, il accepte la volonté de son Père.

D’un point de vue théologique, Jésus est la victime expiatoire, mais humainement et relationnellement, Jésus n’est pas une victime. Il est un homme libre et responsable. Même quand les femmes de Jérusalem le pleurent sur le chemin de la croix, Jésus refuse de leur apitoiement (Luc 23.28). Quand son disciple coupe l’oreille de Malchus dans le jardin de Gethsémani, Jésus refuse la violence et la haine: « Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prendront l’épée mourront par l’épée. Penses-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ? » (Matthieu 26.52-53).

Jésus n’est pas un sauveur par accident. Le Père ne s’est pas dit: « tiens! comme il subit une injustice, on va utiliser ça comme moyen de salut pour l’humanité. La croix et la résurrection n’ont pas été un plan B. Nulle part dans les Évangiles nous ne trouvons un plan A selon lequel Jésus deviendrait le roi d’Israël selon les aspirations des Juifs, ni même selon certaines interprétations de l’Ancien Testament. Dès les versets 1.1 des 4 Évangiles, nous lisons que Jésus est le Sauveur en mission par le Père, malgré le rejet des puissants de sa société.

Dans les 4 Évangiles, nous voyons un homme debout, sauveur. Il tient tête, mieux, il affronte l’injustice, les mensonges, le désespoir et la mort, pour notre salut. Il n’est pas la victime de nos péchés. Nos péchés ne lui font pas peur. Nos péchés ne le fouettent pas, ni ne le flagellent, ils ne le crucifient pas. C’est Jésus qui se saisit de nos péchés. Il les attrape tous. Il les fait siens et il les emporte dans le séjour des morts. Malgré le poids de la condamnation de l’Histoire de l’humanité, nos péchés ne peuvent pas le retenir dans la mort. IL RESSUSCITE!

Jésus est librement mort pour tes péchés, pour les miens, pour ceux des autres aussi. Il en a pris la responsabilité et il les a terrassés. Certains croyants se sentent coupables des péchés qu’ils ont commis comme s’ils étaient des clous dans la chair de Jésus sur la croix. Or, non, personne n’a séquestré Jésus contre sa volonté. Il n’a pas subi la persécution et l’injustice, il a librement pris la responsabilité des péchés de l’humanité.

Jésus se démarque des puissants de ce monde. Lui, tout-puissant, il ne ment pas, il ne se défile pas, il ne blâme pas ses collaborateurs. Jamais il ne cherche l’adhésion des autres par la pitié: « pauvre moi, personne ne m’aime, je fais pitié! » Non! Il ne se plaint pas comme les puissants de notre monde qui sont riches et “tout-puissants”, mais qui parlent comme s’ils sont des victimes, comme s’ils sont empêchés de s’exprimer, comme si tout le monde est contre eux. Pourtant les puissants de ce monde voyagent, commercent, parlent comme ils veulent, ils commettent des crimes financiers, civils et parfois même criminels en toute impunité. Ces puissants ne seraient pas responsables ni libre. Pourtant, ils posent des actes qui ne répondent pas à la fatalité. Congédier des milliers d’employés pour faire plus de profit, ou déclarer la guerre pour acquérir plus de richesse, ce ne sont pas des obligations divines. Ce sont des actes délibérés et des personnes en ont la responsabilité, même si elles ne l’assument pas.

« Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles et que les grands les tiennent sous leur pouvoir. Ce ne sera pas le cas au milieu de vous, mais si quelqu’un veut être grand parmi vous, il sera votre serviteur ; et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. »
(Matthieu 20.25-28)