Église, épouse de Christ
J’accorde beaucoup d’importance à l’« Église ». Elle est le lieu d’une communauté de croyants en Jésus-Christ, mais pas seulement. L’Église est chérie par Jésus, il l’a chérie comme une épouse, au point que nous, les maris, nous sommes sommés d’aimer nos épouses comme Christ aime l’église. J’ai la conviction que l’Église n’est pas un accident de l’Histoire, elle est le résultat de l’œuvre unique et puissante de la croix et de la résurrection. Je montrerai qu’il y a une variété d’églises, mais chacune nous fait participer à l’Église, l’épouse de Christ. Elle est plus qu’un lieu où les croyants prient, plus qu’une communauté culturelle, plus qu’un style religieux. Parlons des églises locales.
Je reconnais, je ne suis pas confortable dans toutes les églises. Il y a différents styles de célébrations. Certaines églises commencent avec des chants, d’autres avec la prière. Quelque part, les annonces sont proches du début, ailleurs à la toute fin. Les émotions ne sont pas suscitées de la même façon partout, ça se vit dans les chants ou dans le ton des prédications, alors qu’ailleurs, la liturgie pourrait se faire presque sur l’automatisme. Dans certaines célébrations, le pasteur est présent dès l’accueil, dans les chants jusqu’à la fin, il est le leader partout. Dans d’autres, on ne sait pas même si le prédicateur est un invité ou le pasteur, on y voit plusieurs personnes engagées. Les églises mettent une variété de valeur de l’avant dans leur culte et leur organisation. Mais toutes, elles forment un tout, l’épouse de Christ. J’y reviendrai dans un autre article, car je crois que c’est une déclaration centrale du Nouveau Testament.
J’ai entendu et j’ai exprimé des déceptions sur le manque d’unité des églises chrétiennes. Est-ce que nous ne devrions pas toutes être animées du même message, avoir le même style ? Et même, est-ce que les paroles de nos chants ne devraient-ils pas être tous les mêmes, pour qu’on les reconnaisse où qu’on aille ? Bien loin d’être un défaut, la variété de nos églises est un trésor à défendre.
Plusieurs églises pour révéler un Dieu infini
La variété des églises permet de manifester les multiples facettes de notre Dieu infini. Notre Père ne peut pas être encapsulé dans un modèle unique, ni être révélé d’une seule manière. Déjà, il se révèle en trois personnes, le nombre 1 est trop simple, pour ne pas dire simplet. Je le reconnais, je me méfie des définitions et des descriptions réductrices de Dieu et de ce qu’il fait. Il n’a pas qu’une seule langue, ni une seule culture. Dieu est vivant, pas au sens biologique, mais disons au sens relationnel (il me venait le mot organique, mais c’est encore de la matière.) Les textes bibliques nous décrivent Dieu non pas par des phrases abstraites et théoriques, mais par des descriptions, des relations, des actions, dans la vie des humains.
Mais aussi, notre Dieu infini ne peut pas être révélé et compris que d’une seule manière. Ainsi, la variété de formes d’églises permet à une multitude de personnes différentes d’entrer en relation avec lui selon leur personnalité. Aucun système religieux ne peut combler toutes les cultures, les langues et les peuples. Nos églises le démontrent. Ce n’est pas qu’une question de langue ni de style musical. Encore moins une question d’obéissance à un modèle de célébration donné par Dieu lui-même. Car, nous le remarquerons, le Nouveau Testament ne nous offre pas un plan de culte, ni une structure organisationnelle unique. Le livre des Actes des apôtres nous provoque en nous exposant des querelles entre disciples qui en viennent à s’entendre sur des principes plutôt vague quant à l’organisation de l’église. (Ac 15.29 : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! On comprend que, pendant le culte – au minimum –, qu’il ne faut pas manger ce qui serait une occasion de chute (1Cor 8), ni s’adonner à des activités sexuelles hors mariage. Cette directive dépasse le culte, elle est pour la vie de tous les jours.)
Même dans l’Ancien Testament, un culte qui évolue
Dans l’Ancien Testament, nous avons l’impression que le service au tabernacle, puis au temple, était détaillé, dicté par Moïse. Pourtant, nous découvrons, à sa lecture et à celle du Nouveau Testament, que les croyants ont eu de la liberté, de la créativité, de l’expressivité originale. (Ex 31.1-5 : L’Éternel dit à Moïse: «Sache que j’ai choisi Betsaleel, fils d’Uri et petit-fils de Hur, de la tribu de Juda. Je l’ai rempli de l’Esprit de Dieu, d’habileté, d’intelligence et de savoir-faire pour toutes sortes de travaux. Je l’ai rendu capable de faire des inventions, de travailler l’or, l’argent et le bronze, de graver les pierres à enchâsser, de travailler le bois et de réaliser toutes sortes de travaux. Remarquons l’expression, Je l’ai rendu capable de faire des inventions, qui illustre que les artisans du tabernacle ne faisait pas que monter un modèle de Lego, ni un meuble IKEA.) Des psaumes ont été composés au fil de l’histoire et ils ont été utilisés dans les différentes fêtes religieuses, au temple et ailleurs. Au fil du temps, des fêtes ont été ajoutées comme le Pourim au temps d’Esther. De plus, l’Éternel ne condamne pas le fait qu’il était célébré dans plusieurs lieux, dans plusieurs temple, à Béthel, à Silo, au Mont Garizim, à Jérusalem, etc. Dans l’Évangile de Jean (Jean 7.37-39), lors du dernier jour de la fête des tabernacles, Jésus annonce que ceux et celles qui croiront en lui, des fleuves d’eau vive couleront de leur cœur. Ce jour-là, les prêtres versaient beaucoup d’eau dans les marches du temple de Jérusalem, inspirés par la vision d’Ézéchiel (47.1), pourtant, je ne trouve nulle part ce rituel dans le livre de l’Exode ou du Lévitique (Jean 7 ou 9). Nous comprenons que déjà, avant Jésus-Christ, l’Éternel confiait son culte à la créativité des hommes et des femmes. En même temps qu’une liturgie se développait au temple, il y avait des mouvements de prophètes où des personnes vivaient davantage une expérience spontanée avec Dieu, en marge du culte officiel (1Sam 10.5-6).
Je ne suis pas confortable partout
Le culte rendu à Dieu n’a jamais été figé dans une forme unique. En effet, Dieu ne nous appelle pas à vivre une religion, mais une relation. Nos cultes expriment notre relation collective avec Lui.
Personnellement, je reconnais la présence du Seigneur Jésus dans chaque église. Mais, moi, je n’apprécie pas chacune d’elle. Je trouve des églises qui me permettent de découvrir le Seigneur, de le célébrer et de l’écouter. À l’opposé, des sœurs et des frères s’ennuient ou sont dérangés dans ces mêmes églises. Dans différentes saisons de ma vie, j’ai eu besoin de différents styles d’églises aussi. Souvent, j’ai aimé des célébrations vivantes, énergiques, dynamisantes. Parfois, j’ai eu besoin d’anonymat, de pouvoir entrer et sortir sans être trop sollicité. Plus souvent, j’étais heureux de rencontrer une communauté de gens, des personnes qui se rappellent de mon nom, qu’elles me demandent des nouvelles de ceci ou de cela dans ma vie. Dans la Bible, nous ne trouvons pas un modèle de célébration unique, ni un style déterminé, encore moins une liturgie minutée. Le Nouveau Testament nous fait découvrir des dons tels que la prophétie ou le parler en diverses langues, qui sont des expressions plutôt spontanées, imprévisibles (1Cor 12.28). Et il y a la personne qui préside, qui est un don d’animation, d’organisation, ou encore l’enseignant, un autre don qui apporte une structure à la pensée et à la connaissance (Ro 12.8), les églises sont à l’image des dons que leurs membres ont.
J’ai exprimé que des églises me plaisent plus que d’autres, comme s’il y a l’église et moi, comme si l’église était un lieu et moi une personne. Mais en fait, je suis dans l’église, je n’y suis pas un « bénéficiaire » ni un spectateur, encore moins un consommateur. Toi et moi, nous sommes l’église, ce qui fait que j’y participe, je la façonne, je l’influence, comme toi. Vraiment ? Selon le Nouveau Testament, le Seigneur Jésus a donné son Esprit-Saint à tous les Chrétiens et Chrétiennes, à tous les enfants de Dieu, peu importe leur classe sociale. L’événement est décrit dans Actes 2. Tous les commentateurs du Nouveau Testament interprètent ce texte comme la naissance de l’Église. À partir de ce moment, tous les croyants sont rois et reines et prêtres, prêtresses pour notre Dieu (Ap 5,9-10). Donc, l’église – l’épouse de Jésus-Christ – n’est pas structurée de façon hiérarchique, avec des dominants et des dominés, des leaders et des suiveux, mais comme une communauté fraternelle où toutes et tous sont placés à égalité en présence de notre Seigneur. Les premiers étant les derniers et les derniers étant les premiers, tous égaux, sur la même ligne. (Si on interprète autrement, les leaders deviennent les derniers et les suiveux les premiers, j’aime mieux voir tous réunis sur une même égalité.) D’ailleurs, aucun membre de l’église ne peut dire à un autre « je n’ai pas besoin de toi » (1Cor 12.21), d’autant que nous avons tous reçus le même Esprit (1Cor 12.13).
L’église: pour un modèle collectif
Toutes et tous, nous n’avons pas les mêmes dons, ni les mêmes responsabilités. À quoi servent les leaders alors ? Il y a des dons d’apôtres, de pasteurs, de prophètes et d’évangélistes ? Ces hommes et ces femmes ont été donnée à l’église pour équiper les saints en vue du service du ministère et à l’édification du corps de Christ (Ep 4.11-12).
J’ouvre vers une compréhension plus large de l’église que ce qui peut être vécu dans nos églises évangéliques. Souvent, nos églises ont quelques membres qui font le ministère autour du culte et du bâtiment : prêcher, animer la louange, administrer l’argent et tous les autres qui travaillent en dehors et qui donnent de l’argent. À tous ces autres, il est proposé de lire leur bible, de prier et il leur est demandé d’annoncer la bonne nouvelle.
Or, l’apôtre Paul nous fait voir l’église comme un modèle collectif, un projet social uni dans lequel tous les membres du corps sont formés pour le service et pour la santé du corps. J’ose parler d’un projet social, d’une ambition collective, car les écrivains inspirés du Nouveau Testament ont choisi un mot grecque pour désigner l’église : ekklesia. Je développerai cette idée dans une prochaine publication.