Refuser de haïr

Aimes quelqu'un, ne hais personne, Daniel, inspiré par Jésus

Est-ce que je suis obligé de haïr l’équipe de hockey qui bat mon équipe préférée? Est-ce que c’est mon devoir de détester les ennemis du Canada? Est-ce que je dois me méfier de personnes étrangères, de celles qui souffrent dans leur pays et qui espèrent trouver la paix et la sécurité dans mon pays? Est-ce que je dois vouloir du mal à la femme qui a accouché dans un abri d’autobus et qui a abandonné le bébé?

Pourquoi pas?

Parce que Jésus-Christ, notre Seigneur, nous a demandé, oups! il nous a ordonné d’aimer notre prochain, même mieux, d’aimer nos ennemis.

De mon côté, je n’arrive pas à compter le nombre de mes ennemis. Sauf si j’en invente, si je les imagine. Peut-être que les athées sont les « ennemis » de ma foi. Mais, je ne connais pas d’athée personnellement, et aucun qui soit une menace pour ma vie ou pour ma pensée. Peut-être mon patron qui ne me donne aucune reconnaissance, peut-être un collègue de travail qui parle dans mon dos, ou celui qui ralentit ma productivité, ou celui qui entrave mes ambitions. Ma belle famille, non, jamais « ennemie ». Je ne suis pas obligé de me faire des ennemis pour avoir le privilège de les aimer par la suite.

Il reste que je suis bombardé d’informations de toutes sortes. Et toutes les sources d’informations me proposent des opinions et des sentiments pour ou contre des personnes. Et rarement elles ne m’inspirent un sentiment d’amour, de miséricorde ou de grâce. Parmi toutes les sources d’informations, il n’y a pas seulement les nouvelles, il n’y a pas seulement les réseaux sociaux, il y a aussi des prédicateurs et des prédicatrices qui citent la Bible, qui prêchent avec un ton menaçant et accusateur. À entendre et lire toutes ces sources d’informations, on dirait que je suis environné d’un nombre d’ennemis incalculable, des personnes détestables. À les écouter, je devrais vouloir du mal à une vedette de cinéma qui vit dans un autre pays et qui ne parle pas ma langue. Que dire d’un troisième lien ou d’un tramway, je devrais détester quelqu’un!

Qu’est-ce que je dois faire avec ces sentiments
de mépris, de dégoût, de haine même?

Jésus nous a prévenu, « à cause de la progression du mal, l’amour du plus grand nombre se refroidira » (Matt 24.12) C’est ce que je constate, l’amour du plus grand nombre se refroidit et ce monde m’entraîne dans ce refroidissement. Que dois-je faire? Refuser de haïr. Toutes les personnes ne sont pas à la porter de mon « amour ». Je ne peux pas toujours poser un geste d’amour envers les personnes dont j’entends du mal. Je ne peux pas aimer un terroriste ou un dictateur, sauf s’il est près de moi, autrement, ce n’est qu’un vœu inutile. En effet, Jésus en nous disant d’aimer nos ennemis, il précise « faites du bien à ceux qui vous haïssent ». Dans le cas des personnes hors de ma portée, il me reste à refuser de les haïr. Ainsi, je persévère à aimer jusqu’à la fin, et à participer au salut.

« À cause de la progression du mal,
l’amour du plus grand nombre se refroidira,
mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. » Matt 24.13

J’ai tant entendu des messages de peur et de menace : « Celui qui ne persévérera pas ne sera pas sauvé! » Ces messages m’inspiraient la peur, le repli sur moi-même et la méfiance envers les autres qui pourraient m’empêcher de persévérer. Des pensées et des sentiments que nous devons refuser, afin d’aimer.

Jésus nous a bel et bien enseigné à aimer nos prochains. Dans l’Évangile de Jésus-Christ, l’amour est au centre de son message. L’apôtre Jean, dans son épître perçoit le message de Jésus avec tellement de force qu’il nous déclare « Dieu est amour et celui qui aime est né de Dieu, et connaît Dieu ». Toutefois, dans les lectures de livres chrétien, je lis moins sur l’amour. Je trouve des livres sur l’épanouissement personnel, le succès et les bénédictions, sur la foi et la bonne doctrine. Alors, l’amour du prochain semble être relayé à un second plan, comme s’il n’est que l’effet de la foi. Comme si l’amour n’était pas le message même de Jésus-Christ. Est-ce que c’est automatique :« je crois en Jésus, alors j’aime »?

Et si la foi devenait le résultat de l’amour du prochain, « je suis aimé, donc je mets ma foi en Celui qui est Amour! » Et si l’église était le lieu où je vais me ressourcer dans le but spécifique d’être capable d’aimer et le lieu où j’apprendrai à aimer davantage?

« C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples:
si vous avez de l’amour les uns pour les autres.
Jésus de Nazareth, Jean 13,35

Je ne sais pas pour vous, mais de placer l’amour de Dieu au centre de l’Évangile, ça change mes perceptions. L’église devient un lieu où je vais pour aimer mes frères et mes sœurs dans la foi. J’ai l’attente, envers l’église, envers la célébration et la prédication, qu’elle nourrisse ma capacité d’aimer les personnes qui sont moins aimables. J’espère sortir de l’église avec le désir de pardonner, même mieux, avec la disposition de Jésus, celle de l’amour qui le guidait quand il portait la croix, quand il était crucifié. Car le sens de l’expression « porter sa croix et le suivre» se trouve dans l’amour, c’est par amour que Jésus prend la croix.

Aimer son prochain et refuser de haïr qui que ce soit, c’est porter sa croix et le suivre. À l’approche de Paques, comme Jésus a refusé de haïr les soldats, les accusateurs, les religieux, les brigands, la foule, refusons de haïr. Même mieux, aimons-nous!